Jean-Laurent Vonau, L’épuration en Alsace

lundi 12 mars 2007 par Webmestre

Si l’épuration en Alsace est mal
connue, c’est bien parce que
cette période a donné lieu à des
dérives, des abus et des règlements
de compte qu’on a préféré
tenter d’occulter.

Il est clair que mener à bien
l’épuration en Alsace n’a pas été
chose aisée du seul fait du statut
de région annexée au Reich
national-socialiste. La majorité
des Alsaciens a adhéré, contrainte
et forcée, aux diverses
associations nazies ou a prêté
serment de fidélité au Führer. Il
le fallait pour pouvoir vivre au
quotidien, poursuivre des études,
ne pas perdre son travail,
ne pas paraître suspect aux yeux du parti ou éviter d’être dénoncé
par un fanatique nazi. Tout était obligation, tout était sanction.
Les camps de Schirmeck et du Struthof, les transplantations de
familles entières, la Gestapo, les arrestations et les exécutions rappelaient
aux Alsaciens que les Nazis avaient les moyens de les
contraindre à se soumettre ou, au moins, à « participer ». C’est
aussi cette situation particulière qui fait que la Résistance et la collaboration
ne revêtent pas le même aspect en France annexée
qu’en France occupée.

Et c’est également à cause de cette annexion (bien que les textes
officiels français parlent uniquement d’« occupation ») que l’épuration
a été menée tambour battant. L’organisation rapide de cours
de justice, la création de commissariats régionaux et la mise en
place de comités de Libération ou d’épuration sont, hélas, allés de
pair avec des arrestations arbitraires, des exécutions sommaires,
des séances de tonte de femmes et la pratique d’un jacobinisme
à outrance. Certains envisageaient même l’« éloignement » des
habitants de certains villages, suspectés d’être germanophiles,
vers l’intérieur de la France !

Au vu de la situation en province annexée, il y a eu beaucoup de
« participation » des Alsaciens aux diverses associations nazies.
Mais, quand peut-on dire qu’il y a eu adhésion, ralliement ou collaboration ?
Comment punir cette collaboration forcée ou volontaire
 ? Pourquoi a-t-on « épuré plus en Alsace-Moselle que dans la
France de l’intérieur » ? C’est toute la complexité de l’épuration en
Alsace que Jean-Laurent Vonau nous expose dans son livre ; il y
dresse un véritable bilan de cette période, héritage empoisonné
que nous ont laissé les Nazis enfin vaincus.

Nicolas Mengus

Jean-Laurent Vonau, L’épuration en Alsace. La face méconnue
de la Libération 1944-1953
, Editions du Rhin, Strasbourg, 2005,
221 pages, 20 euros.


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