L’incorporation de force, un crime contre l’humanité ?

Par Marie Goerg-Lieby - Photos Walter Oster

mercredi 2 novembre 2016 par Nicolas Mengus

En réunissant jeudi 27 octobre ses membres à Handschuheim, l’association des Orphelins de Pères Malgré Nous d’Alsace Moselle (OPMNAM) a franchi une étape supplémentaire dans son combat contre la méconnaissance de l’incorporation de force. L’OPMNAM, avec son président Gérard Michel,son secrétaire Roland Schmitthaeusler et son trésorier Jean Hueber ont décidé le prochain envoi d’une « motion de protestation » conjointe à l’action en justice engagée par Mme Renée Baudot qui veut faire reconnaître l’incorporation de force comme « crime contre l’humanité ».

Saluée par l’assemblée et notamment Alphonse Troestler, ancien délégué à la mémoire régionale et l’historien haut-rhinois André Hugel, Mme Baudot est venue de Nancy pour expliquer sa démarche à l’OPMNAM. Engagée depuis quelques années dans ce combat pour lequel elle s’appuie sur un avocat allemand, elle a fait état d’une lettre des autorités de l’Allemagne reçue en mai. Or cette missive évacue totalement la problématique de l’incorporation de force. En tant que nièce d’Armand Gangloff, né en 1914 à Sarreguemines et soldat dans l’armée française au début de la Deuxième guerre mondiale, cette dynamique retraitée porte la souffrance familiale liée au décès de ce célibataire, incorporé de force en 1943 dans l’armée allemande et mort au front en Biélorussie le 30 juin 1944. Jean-Laurent Vonau, ancien universitaire de la faculté de droit de Strasbourg, la rejoint dans son analyse : « Sur la forme, cette lettre a un langage administratif mais sur le fond, c’est un vrai scandale ! Honnêtement je me demande si les Allemands ne sont pas en train de se moquer de nous... » Et l’ancien élu du Bas-Rhin énumère ses arguments, partagés par l’historien haut-rhinois André Hugel : oui l’incorporation de force doit être considérée comme un « crime contre l’humanité ». En effet il ne s’agit pas d’un « crime de guerre », violent et subit, mais bien d’un phénomène planifié à l’échelle européenne (Pologne, cantons de Belgique etc.) sur la durée de 1942 à 1945, reposant sur une discrimination raciste entre différentes catégories de citoyens allemands de souche « Reichsdeutche » et non-Allemands ( « Volksdeutsche » et « Beutedeutsche »), en l’occurrence, pour les Malgré-nous, de 130 000 citoyens français dans les trois départements de l’Est.

Plus de 70 ans après la Libération, la douleur des familles est donc ravivée par la révélation de la position juridique allemande sur cet enrôlement sous contrainte de citoyens non-allemands. Mais il n’est pas question d’indemnisation financière. La démarche engagée pour la reconnaissance de « crime contre l’humanité » vise avant tout une reconnaissance morale.

M.G-L


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