Normandie 1944

Louis Bloch ou le patriotisme d’un incorporé de force en Normandie

Par Jean Bézard

jeudi 2 juin 2016 par Nicolas Mengus

Fin de la première quinzaine de juillet 1944, les troupes alliées sont stoppées dans la partie nord du département de la Manche. L’opération COBRA eut lieu le 25 juillet 1944. Elle écrasa le front nazi et permit la progression des Alliés.
Des armées nazies étaient dans tout le sud du département de la Manche en réserve ou au repos.

Dans la commune du Mesnil-Tôve, vers la mi-juillet un soldat sous l’uniforme nazi, en mairie, demanda à Monsieur Jules BAGOT, Maire, et au secrétaire de mairie Monsieur LETOUZEY où il était possible de trouver des victuailles. Ce soldat parle français, il n’est pas armé. Il dit être chargé de trouver de la nourriture pour son unité. Très rapidement, ce soldat de la Wehrmacht dit être Français alsacien et incorporé de force. Il veut des vêtements civils.
Sa sincérité est évidente, Monsieur le Maire emmène le soldat dans sa ferme et lui donne des vêtements civils. Le fils Marin BAGOT, âgé de 21 ans enterre l’uniforme et voilà donc un ouvrier de plus sur l’exploitation. Ce nouvel ouvrier a pour identité Louis BLOCH, il est né le 2 mai 1915 et est originaire de Seppois-le-Haut (68). Il vaque aux travaux de la ferme et se montre très efficace.

Fin juillet, le Général américain PATTON effectue la percée d’Avranches. Une importante partie des troupes alliées se dirige vers le sud, la Bretagne.
Des officiers supérieurs nazis ont pris possession de la maison d’habitation de la ferme. Louis BLOCH travaille si près d’eux qu’il entend leur conversation. Conversation d’importance, ces officiers préparent la contre-offensive Mortain-Avranches pour isoler la tête de pont de l’armée PATTON. Louis prévient aussitôt monsieur Jules BAGOT. Aux aurores, la charrette chargée de matériel hétéroclite, est attelée de deux chevaux. Monsieur Jules BAGOT, Louis BLOCH et Marin BAGOT se dirigent avec l’attelage à Juvigny–le-Tertre. Ils traversent donc les lignes. Les combats sporadiques ne sont pas très intenses tant du côté allié que du côté ennemi. Ils sont certainement pris pour des personnes qui prennent la route de l’exode.

Les Américains sont dans Juvigny-le-Tertre. Leur quartier général est situé dans une jolie maison de granit, sur la place face à l’église. Louis et Marin s’y rendent, Monsieur BAGOT, père, reste près de l’attelage.
Les entretiens avec les Américains sont difficiles à cause de la langue. Ils durèrent presque deux heures. Louis ne dit pas qu’il était évadé des armées nazies. Finalement, la compréhension devient réelle. La contre-offensive est déjouée et dura deux jours. Elle fut sanglante, très sanglante, mais en raison du patriotisme de Louis BLOCH, elle fut très fortement limitée et la division du Général PATTON continua sa progression : bravo.

Le comportement patriotique de Louis BLOCH n’est pas unique. D’autres incorporés de force eurent des comportements héroïques sur le front de Normandie. Ils furent favorables à la libération de la France. Cela explique toute la haute considération que nous exprimons à nos compatriotes d’Alsace-Moselle.

Tous les Normands n’étaient pas bienveillants à l’endroit des incorporés de force et cela soit par intérêt ou par ignorance. Monsieur LETOUZEY fit en sorte que Louis aille chez des amis dont il était certain. Ils résidaient peu loin du Mont Saint-Michel. Mais, là encore, trompés par une propagande contraire aux intérêts du peuple de France, de braves gens signalèrent la présence d’une personne s’exprimant avec un accent qui n’était pas le leur. Louis fut arrêté et prisonnier des Américains et interné à Cherbourg. Les Américains le gardèrent de longs mois. Le fait qu’il soit déserteur fit oublier les activités majeures qui furent les siennes et effectuées en faveur de la France, de la paix et de la liberté.

Des centaines d’incorporés de force alsaciens et surtout mosellans subirent les pires avanies américaines, tout simplement parce qu’ils refusaient le combat quelque fut leur ennemi.

Un officier américain fut tué lors de cette contre-attaque, son demi-frère devait venir ce 29 mai 2016 remettre une bannière et des décorations à Marin BAGOT. La pénurie de carburant a empêché cette cérémonie. Elle est reportée au mois d’octobre 2016.
Jean BÉZARD

Article paru dans « L’Alsace » du 3.6.2016 :


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Ouest France

2 juin 2016
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