Bas-Rhin

Evocation du vécu de Georges LORENTZ

Par Eve Pitovic-Lorentz

mercredi 7 janvier 2015 par Nicolas Mengus

Photo ci-contre : Georges Lorentz, né le 3.12.1925, enrôlé de force, à l’âge de 17 ans, dans la Wehrmacht.

Ma famille est originaire de Sélestat (Bas-Rhin). Quand mon père, Georges Lorentz, reçut son ordre d’incorporation de force dans la Wehrmacht, mon grand-père lui a demandé de partir pour la Suisse ou la France.

Qui sait encore aujourd’hui, ce qui se passait alors si on ne se pliait pas à l’incorporation de force ?

C’était la Sippenhaft : toute la famille partait en camp de concentration ou en Silésie, privée de ses biens et soumise au travail de force !

Qui se souvient des jeunes de Ballersdorf (Haut-Rhin) capturés près de la frontière Suisse et assassinés par les Nazis ?

Il y avait encore une autre raison pour laquelle mon père refusa de fuir...

Sa soeur Lucie était la seule et unique sage-femme à Sélestat et priver toutes ces futures mères de sage-femme, en temps de guerre, où tout était déjà problématique, aurait été un cas de conscience non envisageable pour mon père ! Il fut, comme bien d’autres Alsaciens-Mosellans, envoyé par les Nazis sur le front russe, fait prisonnier et envoyé au camp de Tambov...

Porté disparu, mes grands-parents n’avaient plus aucunes nouvelles de lui. La libération de la France, puis celle de Sélestat eu lieu en février 1945... mais le cœur et l’esprit de mes grands-parents, et de ma tante, n’était pas libéré de leur douleur et souffrance.

Au mois de juillet 1945, des convois de prisonniers alsaciens revenaient des camps de Russie. « L’espoir » renaissait dans la famille, mais rien, encore de longues semaines...

Puis, à nouveau, ma tante arpentait, comme elle l’avait tant fait auparavant, les quais de la gare de Sélestat : ce jour-là, c’était le derniers convoi des « valides », car, après et jusqu’en septembre, il n’y avait plus que les grands blessés et les mourants. Ces Malgé-Nous, ils sont tous dans le même état, le teint gris, maigres, fantomatiques... tous pareils. Elle passe à côté d’eux, soudain un bras l’arrête. Elle regarde l’homme en face d’elle avec interrogation. Il lui sourit : là, seulement, elle reconnait son sourire.

Mon père avait 20 ans, 1m88, 38 kilos !

On lui avait volé sa jeunesse...

Je voudrais encore ajouter cette anecdote que m’on père m’avait racontée. C’était un 14 juillet. Mon père et un de ses amis ont décidé de hisser un drapeau français à la place du drapeau nazi au cours de la nuit. C’était à la Gestapo de Sélestat, située à la villa Wankenne, route de Strasbourg.

Opération très périlleuse, certainement punie de mort, s’ils avaient échoué...

Le lendemain, la Gestapo a recherché les auteurs de ce fait... sans succès...


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