BURG Charles

Textes d’Irène Burg, sa fille

lundi 15 septembre 2014 par Nicolas Mengus

Charles BURG est né le 27 décembre 1922 à Wingersheim. Il a trois frères et une sœur. Il travaille comme ouvrier agricole, dans son village. Les évènements internationaux vont entraîner un jeune homme, alors âgé de 19 ans, dans leur tourmente et c’est ainsi que Charles Burg se retrouve arrêté par la police allemande le 1er septembre 1941 à Wingersheim pour avoir, avec plusieurs autres jeunes du village, chanté la Marseillaise. Il est alors incarcéré par les services de la sécurité militaire allemande à la prison de Strasbourg avant d’être dirigé, quelques jours plus tard, vers le camp de Schirmeck. De là, il va, avec les autres jeunes gens arrêtés en même temps que lui, être dirigé sur l’Allemagne pour être incorporé de force, d’abord dans un service du travail du Reich (RAD), puis dans une unité combattante qui va l’entraîner dans l’enfer de la guerre de Russie. Capturé lors d’une offensive soviétique, il va être encore une fois incarcéré, mais cette fois-ci par les Russes, dans le tristement célèbre camp de Tambov. Oublié, comme tant de ses camarades alsaciens, dans ce camp par les autorités françaises pourtant au courant de ce qui s’y passait, il va rester détenu jusqu’en 1948. Il a la chance d’en revenir, privé de 7 années d’une vie de jeune homme, privé de ces années de jeunesse par la folie d’autres hommes avides de pouvoir et d’argent. Revenir, oui, mais on ne revient pas facilement de l’enfer et toute sa vie sera marquée dorénavant par ce qu’il a vécu et souffert, dans sa chair, dans son existence. Il en restera ainsi marqué à tout jamais. Il va cependant connaître le bonheur de fonder un foyer, avec sa chère Marie qu ’il épousera le 12 novembre 1955. De ce mariage seront issus quatre enfants, Georgette, Irène, Jean Michel et Marie Louise qui tous lui feront encore connaître l’immense joie d’être un grand-père heureux. Il va travailler comme ouvrier spécialisé aux Ateliers Réunis de Bischheim jusqu’à un accident de travail qui mettra brutalement fin à cette carrière. Le passé le rattrape alors dans sa chair et, lentement, inexorablement, toutes ses souffrances de cette période de guerre se rappelleront à lui jusqu’à l’invalidité absolue. La reconnaissance de cette qualité de déporté politique, d’invalide de guerre, d’ancien de Tambov, ne sera obtenu de la part des autorités qu’après des années de démarches et de lutte administrative auprès d’une administration étatique semblant toujours reprocher à ces Alsaciens leur origine et leur incorporation dans les forces d’occupation. La santé de Char les BURG va lentement décliner tout au long de ces années et la mort va le délivrer de ses souffrances ce lundi matin du 10 septembre 2001, après une pénible maladie et un séjour au soins intensifs de l’Hôpital de Strasbourg. Il restera dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu, parents et amis, comme un homme qui a su affronter la vie en n’ayant toujours qu’une pensée, de faire de ses enfants des femmes et des hommes responsables et fiers du passé de leur père.

A CHARLES (mon père). Tu as choisi de partir un matin sans adieu, sans un signe de la main, tu as choisi de partir ainsi, doucement, sans faire de bruit tu es parti, laissant ici tes enfants, tu es parti, retrouver tes parents. Quelle vie fut la tienne pourtant Une jeunesse ballottée par les vents de la guerre, la folie meurtrière qui si jeune t’éloigna de ta mère de l’Alsace, de ton petit village pour un conflit qu’on croyait d’un autre âge. En Russie, pourtant un si beau Pays tu as vu un jour basculer ta vie et l’horreur vécue au quotidien par la faute de ces politiciens a marquée ta mémoire à jamais en voyant tant d’amis qui tombaient. Tu devais alors penser parfois « est-ce possible tout ce que je vois ? Où sont-ils ceux qu’on appelle les hommes ? Je ne vois autour de moi que des fauves, des bêtes de proie où donc Dieu a-t-il caché les Hommes ? Oh ma mère, comme tu es loin de moi Je suis seul, comme une bête aux abois Pour ma vie je ne crains pas vraiment et de Dieu puis attendre le jugement car ici je viens de décider que des hommes point ne tuerais. Ils sont ennemis , mais ce sont mes frères les voyant, je pense à toi ma mère Je ne veux point priver la leur d’un enfant qui est leur seul bonheur. Mon fusil leur cœur ne visera point et ma vie mon Dieu remet entre tes mains. Cette prière exaucée, Dieu m’a entendu Puisque de l’enfer je suis alors revenu Meurtri dans ma chair, et aussi dans mon cœur ma seule ambition, connaître enfin le bonheur être un père et montrer le chemin de la vie pour mes enfants être un phare dans la nuit. Ils sont venus tous quatre, je les vois ici qui entourent ma chère femme Marie Je voudrais leur dire ne craignez point Car cette mort n’est pas pour moi une fin Je suis parti vers la vie éternelle il faut vite en répandre la nouvelle. » Mon cher Père je crois que j’ai rêvé qu’un court instant ta voix j’entendais est ce toi que nous venons d’entendre dans nos cœur par le deuil rendus si tendres ou le vent qui mur mure tout là haut à tel point qu’on croit entendre des mots ? Je crois bien que tu n’es pas loin et qu’avant d’entreprendre ton chemin vers ce Dieu qui un jour t’a entendu nous revoir tu as encore voulu ici même ne te disons point adieu mais au revoir, à bientôt dans les cieux.

Irène BURG


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