Captivité soviétique et cannibalisme

Les Italiens dans les camps du NKVD

Dossier et traduction d’extraits de Richard Klein

mercredi 14 décembre 2011 par Nicolas Mengus

« Les Italiens dans les camps du NKVD » est un article écrit par Andreï Vassiliev et a paru dans le journal « Derrière les barreaux » d’août 2010. Il est ici adapté en français par Richard Klein.

Invasion de l’URSS par des troupes étrangères

Il y a une réelle opportunité d’étudier le sort des troupes alliées de Hitler dans la guerre contre l’URSS. Après tout, tout le monde ne sait pas que, aux côtés de la Wehrmacht combattirent près de 1,8 millions de personnes originaires de différents pays européens. D’abord, il y eu l’envoi des militaires des pays « alliés officiels » de l’Allemagne nazie : Italie, Roumanie, Hongrie, Slovaquie, Finlande et Espagne. Puis de nombreux volontaires étrangers en provenance du Danemark, Hollande, Norvège, Croatie, Belgique, ainsi que des républiques soviétiques : l’Estonie et la Lettonie. Ils combattirent principalement dans la Waffen-SS. Dans la Wehrmacht servirent de nombreux Tchèques, Polonais, Français, Autrichiens.

Ici, l’enfer

L’augmentation de l’aide militaire à Hitler fut le fait de son ami et « complice », le Duce italien, Benito Mussolini. Malgré le fait que l’Italie combattait en Afrique du Nord et dans les Balkans, Mussolini envoya face à l’armée russe environ 220 000 hommes, bien armés et préparés. Ces unités italiennes furent principalement envoyées dans le sud de l’Ukraine et dans le Caucase du Nord.

En automne 1942, deux armées italiennes se trouvaient dans la région de Stalingrad, couvrant les flancs de l’avance allemande. Dans les steppes de la Volga se joua la plus grande tragédie de l’histoire militaire italienne. Après une contre-offensive à Stalingrad, l’Armée Rouge avait repris l’offensive au cours de laquelle elle encercla et mit complètement en déroute l’armée italienne. Seules les troupes de Montagne, habituées à la neige et au gel, furent en mesure de briser l’encerclement en janvier 1943. Selon les statistiques officielles, dans les steppes entre le Volga et le Don, 45 000 soldats italiens furent tués et 70 000 furent capturés. Pour eux, le cycle infernal commença.

Affaiblis et affamés, des milliers d’Italiens moururent. En raison du manque de transport, les prisonniers durent marcher des centaines de kilomètres sur des routes enneigées par très grand froid. Dans le même temps, à cause de négligences de leurs propres dirigeants, 90% des Italiens portaient des uniformes d’été ! Lorsque les prisonniers atteignirent la voie ferrée, ils furent entassés dans les wagons comme dans des boites à sardines. Le voyage dura pendant des semaines avec des arrêts interminables, presque sans nourriture et sans eau. Quand le train arriva au camp de dépistage, il fut temps d’ouvrir les wagons dans lesquels ne restaient que les survivants.

Le NKVD n’était manifestement pas prêt à gérer un tel nombre de prisonniers de guerre et leur transport pendant l’hiver rigoureux ; il était également démuni pour la nourriture et les soins médicaux.

Mais les prisonniers étant Italiens, les soldats soviétiques les traitèrent plus favorablement que les Allemands. Mais l’Union soviétique, à cette époque, avait de grandes difficultés dans les fournitures de l’armée, pour nourrir la population civile, dans l’apport de médicaments, de carburant et de vêtements chauds ; le transport ferroviaire étant à la limite de sa capacité.

Il y avait une pénurie de matériel roulant même pour les besoins de l’Armée Rouge. Tout cela a objectivement aggravé la situation des prisonniers de guerre italiens. Cependant, les mêmes conditions difficiles n’étaient pas seulement réservées aux Italiens, mais aussi pour les prisonniers roumains et les Hongrois. Mais ces derniers supportèrent mieux le climat rigoureux de Russie.

Cas de cannibalisme au camp n°188

Les prisonniers italiens furent dirigés dans l’un des plus grands camps du NKVD , le № 188. Il était situé dans une gare non loin du Parlement de Tambov, à 480 kilomètres au sud de Moscou.

En six mois, à compter de décembre 1942, y arrivèrent de 24 000 prisonniers. Cependant, le camp n’était pas adapté pour recevoir un si grand nombre de personnes. Initialement, même les gardes dormaient dans des tentes et les prisonniers de guerre dans des grands abris conçus pour 80 personnes.

La mortalité des prisonniers a été épouvantable. Les histoires des Italiens qui ont survécu donnent des frissons. Le camp fut envahi par la boue, la dysenterie et le typhus endémique. Les poux harcelèrent et il était impossible de se débarrasser. Il y avait une pénurie des besoins de base - de carburant, des médicaments, du savon, de couvertures, de vêtements chauds. Ce qui produisit régulièrement des bagarres pour un morceau de pain.

La sauvagerie de certains prisonniers de guerre en arriva à un degré extrême. Le capitaine Guido Muzitelli, qui passa l’hiver 1942-1943 dans le camp № 188, rappela qu’il y eu des cas de cannibalisme : « Nous avons mangé les morts, et - il m’a dit dans une interview - Le sang des morts était encore chaud ». Un jour, un camarade apporta un cœur humain dans un sac. Dans un dernier effort, je le frappais et il m’a dit : « Capitaine, essayez-le, il est très savoureux ».

De tels incidents alarmèrent les gardes, et plusieurs des mangeurs d’hommes qui se préparaient à faire de leurs camarades de la pizza furent exécutés. Au printemps 1943, le camp № 188 fut agrandit et les conditions s’y améliorèrent. Des cabanes en rondin furent construites, une cantine, un club ou même une chapelle catholique. Dans le camp, il y avait des prêtres catholiques (aumôniers militaires capturés) qui firent régulièrement les messes de Pâques et de Noël.

Ce témoignage est à rapprocher de celui d’Auguste G., détenu au camp d’Ischwi, paru dans le livre de Laurent Kleinhentz, Dans les griffes de l’oURSS, paru en 2007 aux Editions Serpenoise :

« Un autre jour, en passant devant la fosse aux morts, j’ai vu un macchabée auquel on avait ouvert le côté droit pour en sortir le foie qui avait été mangé, ce qui prouve que le cannibalisme a bel et bien existé. Dans les baraques, la famine provoquait la mort des occupants plus âgés, quelques-uns venant gratter et manger les détritus sur les tas d’immondices. »


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