Orphelins de Malgré-Nous

Une manifestation à Paris des pupilles de la Nation

Article paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace du 7.12.2011 transmis par Claude Mengus. Les photos sont de Gabrielle Teissier/APOGA

jeudi 8 décembre 2011 par Nicolas Mengus

Les manifestants sont bien encadrés, puis arrêtés dans leur progression et reconduits.

Colmar, le 7 décembre 2011

Chers amis,

Olivier Picard, éditorialiste du bureau parisien des DNA, a rendu compte ce mercredi 7 Décembre 2011, de la manière dont s’est déroulée, à Paris, le lundi 5 décembre dernier, la manifestation organisée par notre fédération nationale des pupilles de la nation, orphelins de guerre, la FPN. Je l’en remercie très chaleureusement.

Sur ordre de l’Elysée, notre groupe pacifique, constitué de 60 représentants de notre fédération, a donc été bloqué, Rue du Cirque ( sic !), à une centaine de mètres du Palais présidentiel, en début d’après midi, en plein déjeuner entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Tout un symbole !

Il nous a tout de même été possible de négocier avec des policiers, très corrects, la remise, à la loge du Palais, de 3000 cartes postales destinées à notre Président et signées par nos adhérents et sympathisants. 4 d’entre nous ont eu l’autorisation de pénétrer dans une dépendance du « sanctuaire », sous très bonne escorte. De même, sous la conduite d’une trentaine de CRS et de policiers, nous avons été priés de rejoindre aussitôt après, notre point de départ, Rue François 1er, sous les fenêtres d’EUROPE 1. Notre matériel constitué de deux banderoles et de cinquante croix amovibles a du être plié et remis dans une voiture pour nous empêcher d’aller manifester ailleurs encore dans PARIS.

Que sommes-nous allés faire à Paris, ce 5 Décembre ?

Ne voyant toujours rien venir, à la fin du quinquennat de M. Nicolas SARKOZY, d’un début de réalisation d’une promesse faite en Mai 2007, 15 jours après son élection, à l’ensemble des orphelins de guerre de la seconde guerre mondiale, notre fédération nationale a demandé à pouvoir être reçue pour remettre en mains propres au Président, les 3000 cartes que nos adhérents lui ont destinées. Ces cartes, illustrées par Jak Umdenstock, évoquent une situation que nous jugeons insupportable : celle dans laquelle tente de nous enfermer le gouvernement en déclarant que nos parents, contrairement à ceux visés par les décrets de Juillet 2000 et de Juillet 2004, sont des victimes ordinaires d’une guerre ordinaire : « les victimes de la glorieuse malchance des armes », comme les qualifie l’ancien ministre Philippe Dechartre dans un rapport officiel remis au Président de la République.

La situation en 2011 n’a plus rien à voir avec celle de 2007, sur le plan économique et financier, nous rétorque-t-on. M. Eric STRAUMANN, député UMP, a eu la franchise et le courage de venir à notre conférence de presse à la Maison de l’Alsace, sur les Champs Elysées, le lundi 5 Décembre au soir, pour nous tenir ce discours qui est devenu peu à peu la ligne de défense officielle du pouvoir politique.

Que le principe de l’égalité de tous les citoyens ait été rompu et que des injustices aient été créées par les précédents décrets, plus personne ne songe à le nier. Les courriers officiels en attestent.

Mais les caisses de l’Etat étant vides, il n’est plus question de nous rendre bénéficiaires d’un égal traitement par rapport à la perte de nos pères, entre 1939 et 1945. Nous devrions faire preuve de suffisamment de sens civique pour ne plus rien demander dans de telles conditions !!

Nous serions sans doute capables de faire de nouveaux sacrifices si la situation de notre pays l’exigeait, mais comment y consentir tant que les exemples ne viennent pas de plus haut ?

Le CANARD ENCHAINE de cette semaine fait état d’une victoire des généraux français : des soldes d’officiers ont été sérieusement revues à la hausse.

Le Journal « Le Monde » du 2 décembre relate la rente de situation de l’avionneur Dassault qui aurait reçu l’assurance pour les prochaines années de pouvoir fabriquer et vendre à l’Etat français, chaque mois, un avion RAFALE à 140 millions d’euros la pièce, payés aux trois quart par les contribuables français. En économisant 2 sur les 12 avions de chasse par an, l’Etat disposerait de la somme nécessaire à l’indemnisation de tous ses orphelins de guerre ! Voilà pourquoi, entre autres, nous refusons de renoncer à exiger que l’égalité soit respectée.

Nous sommes le pot de terre dans ce bras de fer. Nous le savons bien. Nous savons aussi depuis longtemps que les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Mais l’Etat français joue avec des fibres qui sont très douloureuses. Un enfant privé de son père ou de sa mère pour faits de guerre ne peut accepter de voir la souffrance des uns mieux reconnue que celle des autres. Les guerres sont toutes entières des actes de barbarie. Toutes les victimes de cette barbarie méritent la même considération. Nos pères n’ont pas cherché à être des héros. Ils ont été forcés de sacrifier leurs existences à des intérêts qui se sont négociés loin au-dessus de leur tête.

Non seulement nous ne renonçons à rien, mais n’ayant plus grand-chose à perdre à nos âges, nous irons encore plus loin dans nos actions.

Que suis-je allé faire ce matin au siège de la FEFA, à Strasbourg ?

L’ami Yves MULLER, secrétaire général de la Fondation Entente Franco-Allemande, présidée par le président (à vie ?), André BORD, ancien ministre, m’a convié es -qualité de président des orphelins de guerre, pupilles de la nation d’Alsace (APOGA), à rejoindre le groupe de travail constitué en vue de la journée commémorative du 70e anniversaire des décrets instituant l’incorporation de force en Août 1942.

Nous avons eu des relations très conflictuelles en Janvier 2010 avec la FEFA et son président. Beaucoup se souviennent que les grilles de l’ENA ont été fermées sur ordre pour m’empêcher d’assister à l’Assemblée Générale. Yves Muller a plaidé notre cause, celle des orphelins, et a réussi à organiser un entretien qui a mal commencé mais qui s’est plutôt bien terminé. La FEFA a été jusqu’à nous verser une subvention de 1000 euros l’an dernier pour soutenir la publication de nos deux ouvrages : »Enfin des mots »/ Paroles d’orphelins de guerre.

La paix, je m’en doutais, était fragile, malgré les efforts d’Yves Muller.

En fin de réunion, ce matin, la colère a éclaté chez plusieurs représentants de la FEFA, notamment chez le président BORD. Objet du délit : mon éditorial dans notre dernier numéro du « LIEN » notre journal de l’APOGA. J’y écris que la FEFA n’est pas encore quitte envers les orphelins d’incorporés de force. Elle a encore des réserves et nous revendiquons d’en être bénéficiaires pour prolonger le travail de mémoire qui commence à nous incomber. Nous sommes des « dreckspatze » !! dixit André Bord. Insulte intraduisible en français. Heureusement. Ce n’est pas à l’honneur de celui qui la profère.

« La page de l’incorporation de force est tournée » avait –il proclamé l’an dernier. J avais oublié. Tant est présente encore dans nos esprits et dans notre chair d’orphelins, l’absence de nos chers disparus.

« Tout le monde a reçu ce à quoi il avait droit ». C’est lui qui s’est battu toute sa vie pour venir en aide aux autres. Quant à nous nous osons mettre en doute son dévouement sans borne et sa bonne foi dans la gestion des fonds de la FEFA. Ingrats orphelins !!! A qui d’ailleurs la FEFA ne doit rien, selon ses statuts. Cela nous l’avions déjà compris. Le secrétaire, M. JOLAS, nous l’a déjà dit sur tous les tons.

Mon angle d’intervention était celui de la morale. Comment expliquer à des orphelins de guerre dont les pères sont tombés dans les pays de l’Est, que personne ne peut leur payer un voyage ( fort onéreux) sur la tombe, alors que le site internet de la FEFA parle, entre autre, des vitraux de la cathédrale de Dresde rénovés pour partie avec l’argent destiné aux incorporés de force ?

Ils n’ont pas de comptes à nous rendre. C’est juridiquement exact. C’est moralement nul.

Après cette folle rencontre il faudra s’interroger si les « dreckspatze » doivent commémorer le 25 Août prochain à Obernai, avec la FEFA ou non ?
Ca va être dur. Très dur !

Voilà, mes chers amis, comment, 70 ans après, les leçons de l’histoire ne sont pas tirées et comment surtout les dépositaires officiels de la mémoire parviennent à créer la zizanie, germe de guerre.
Bien à vous,

Bernard Rodenstein, Président de la FPN et de l’APOGA

18 Rue Roosevelt

68000 COLMAR

0607994614

b.rod@free.fr


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