Normandie

ALSACE, LORRAINE ET NORMANDIE

Dossier constitué par Jean Bézard et Nicole Aubert

mercredi 24 août 2011 par Nicolas Mengus

Dans le Coutançais, au cours des mois de juin et juillet 1944, alors que la guerre faisait rage dans presque toute la Normandie : des agriculteurs, des employés, des médecins, des religieux, des ouvriers des artisans etc….se comportèrent héroïquement et prirent des risques énormes en accomplissant des actes de résistance. En effet, ils aidèrent des Français incorporés de force dans les armées nazies, et plus précisément dans la sinistre et redoutable Waffen-SS. Ils les aidèrent à déserter ou alors ils les protégèrent en les cachant. Dans leur grande majorité, ces Français d’Alsace et de Lorraine, leur désertion réussie, s’engagèrent dans les Forces Françaises Libres.

Dans d’autres lieux de Normandie, des Normands aidèrent, protégèrent des Alsaciens-Lorrains, victimes de l’annexion absolument illégale de leur région par le 3e Reich. Cette annexion eut un prolongement ignominieux : L’incorporation de force.

Le 8 août 2011, au Centre Culturel d’Agon-Coutainville, a eu lieu une conférence afin qu’un hommage soit rendu au Docteur GUILLARD et à tous les personnels de l’hôpital de Coutances replié à Coutainville. Hommage a été rendu également à tous les « Normands sauveurs ». D’aucuns ont été présents. La conférence sera tenue par des Historiens, notamment Monsieur Jean-Laurent Vonau, Vice Président du Conseil Général du Bas-Rhin, Président de la Commission Culturelle, Patrimoine et Mémoire, Monsieur Alphonse Troestler, Vice Président Honoraire du Conseil Général du Bas-Rhin, Maire Honoraire de Rosheim, chargé de mission auprès du Conseil Régional, Président Honoraire du Conseil Général et très impliqué dans la défense des incorporés de force. Ces derniers sont venus à Coutainville pour exprimer leurs remerciements en racontant leurs parcours respectifs et ce que firent pour eux des Normands
Ainsi, le voile sur cette triste période de notre histoire a été levé en présence de plus de 200 personnes.

Jean Bézard

* Courriel : aubertn@wanadoo.fr

Chers compatriotes

En juin, juillet, août 1944, ici en Normandie, lors de la bataille pour la libération de la France, dans les forces antagonistes en présence, et comme sur tous les fronts, des drames eurent lieu. Des drames de toutes sortes, ce fut un carnage. Des morts, des blessés par milliers. Il y eut aussi des drames difficiles à imaginer car de nature psychologique : donc incommensurables. Ils sont peu connus car peu révélés, pas évoqués. De surcroît, ils sont tus à l’école, parce que, absents des programmes d’Histoire.

Le temps n’est-il pas venu de faire la lumière sur ce qui fut et reste un étrange silence ? Je veux parler de l’incorporation de force. En Normandie, et hélas sur tous les fronts, une belle jeunesse a été contrainte et de manières les plus cruelles, à porter les armes contre ses alliés : nos alliés. Si mes renseignements sont bons, pour ceux engagés sur le front de Normandie, c’est principalement dans l’ignoble Waffen SS, que ces adolescents furent de force incorporés. Ils étaient à peine âgés de 18 ans. Cette Waffen SS exécration du genre humain, était une véritable prison.

A cause de la suprématie de l’aviation alliée, par temps clair, les déplacements des unités allemandes n’étaient pas possibles. Les troupes restaient camouflées. Les déplacements ne pouvaient s’effectuer que la nuit. Fréquemment, les troupes nazies s’installaient à proximité des villages. C’est là, que les Alsaciens et les Mosellans avaient des contacts discrets, secrets même avec les Normands. Des amitiés, des amours naquirent et aussi des complicités d’évasion, de nombreuses réussirent et les déserteurs parvinrent à rejoindre les Forces Françaises libres.

Par modestie, ceux qui aidèrent nos compatriotes alsaciens n’en dirent rien. Ce n’était pas facile. Il n’est sans doute pas mauvais de rappeler qu’après : Carlux, Oradour, Marsoulas, Tulle etc.…et bien évidemment après le procès de Bordeaux, comme un manteau, l’opprobre et l’obscurantisme furent étendus sur les réalités de l’incorporation de force : corollaire de l’annexion.

Après les malheurs de l’annexion, la paix revenue et l’unité nationale reconquise, il semblerait que tout ait été fait pour que les Mosellans et les Alsaciens soient montrés du doigt.

Pour lutter contre cette forme de malhonnêteté intellectuelle une conférence a été organisée le 8 août 2011 à Agon-Coutainville (Manche). Elle avait pour objet : « Hommage au Docteur GUILLARD ». Par ce chirurgien et son équipe, à Agon-Coutainville, furent sauvés du peloton d’exécution, au moins deux déserteurs alsaciens. Cette conférence fut un véritable succès.

En d’autres lieux, en Normandie, et dans d’autres circonstances, malgré les risques encourus, de nombreux Normandes et Normands aidèrent, facilitèrent la désertion de leurs compatriotes enrôlés de force. Il sera impossible de connaître avec précision tous ces cas de bravoure patriotique. Cependant, tout doit être fait pour les porter à la connaissance du public, et ce, dès aujourd’hui, à la lumière des enseignements retirés lors de l’hommage rendu au Docteur GUILLARD. L’occasion paraît opportune, donc à saisir, pour expliquer le martyre de l’Alsace et de la Moselle. Au cours du vin d’honneur, servi après la conférence, deux personnes (dont un Inspecteur de l’Éducation Nationale) ont déclaré, je cite : « Ce n’est pas une conférence qu’il fallait organiser mais un colloque. »

Une telle demande, une telle proposition, découle c’est une certitude des grandes qualités des orateurs. De la tribune, avec des exemples et des mots simples, ils ont su, à nous auditeurs faire prendre conscience de notre ignorance en la matière. Cette prise de conscience a été exprimée par l’émotion. Furtivement des larmes furent essuyées…..

La tenue d’un tel colloque sur l’annexion de l’Alsace et de la Moselle martyrisées doit avoir lieu en Normandie. Ce colloque permettrait d’honorer : ceux qui furent aveuglément tués par leurs alliés. Ceux qui, en désertant courageusement purent rejoindre les Forces Françaises Libres. Et bien évidemment, tous les Normandes et Normands, qui, patriotiquement, aidèrent des enfants de France à accomplir leur idéal. En réalité tous sont des héros. Leur courage permit de repousser la soumission, et de là, nous rendre la liberté.

Les décennies s’accumulent et le temps nous échappe. Voilà pourquoi, si, pour le 70e anniversaire de l’incorporation de force, un colloque avait lieu en Normandie, nous, population normande ; nous demanderions aux élus du peuple français une marque de reconnaissance nationale. Il pourrait s’agir d’une surface matérialisant géographiquement et à jamais la Moselle, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Ce symbole serait aux couleurs de la France avec en applique : l’écusson de la France Libre. Pour le 8 mai 2012, les sépultures (quelque soit l’endroit où elles se trouvent seraient ornées de cette distinction). Pour le incorporés de force dont les corps n’ont jamais été retrouvés, mais dont les lieux de décès en France sont connus, le symbole serait fixé sur le monument aux morts de la commune. Les personnes, ayant agi dans l’intérêt des incorporés de force donc de la France et encore de ce monde, cérémonieusement,en seraient décorées. Nous aurions là, une réelle possibilité d’honorer celles et ceux qui œuvrèrent pour que l’Europe naisse du lit du Rhin.

Un Normand,

Jean BÉZARD


Portfolio

Article paru dans « Ouest-France » Article de Ouest-France Article paru dans « Ouest France » Dernières Nouvelles d'Alsace du 16.10.1994 « La Manche Libre », article paru en « Locale » « La Manche Libre », article paru en « Magazine »
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