« Massacre de Malmédy »

Marcel BOLTZ, un incorporé de force dans les griffes de la justice militaire

Dossier composé par Richard Klein avec le soutien de Georges Boltz

mardi 3 février 2015 par Nicolas Mengus

Marcel Boltz est un incorporé de force (+ 2005) qui a comparu devant le tribunal américain de Dachau en 1946 lors du procès du « massacre de Malmédy ».

Pièce de l’ accusation :

- On or about 17 December 1944 at the crossroads south of Malmedy, Belgium, fired on prisoners of war.

  • 2ND Pl., 3RD Pz. Pioneer Co., 1ST Pioneer Bn., LSSAH - Machine Gunner Sturmmann (Pfc.) Marcel BOLTZ - SS Trooper

D’après ce que je sais, il était âgé de 18 ans au moment des faits. Les charges contre lui auraient été abandonnées parce qu’il était citoyen français (cf. James J. Weingartner, A peculiar crusade : Willis M. Everett and the Malmedy massacre, p.103) - il ne figure donc par parmi les 73 accusés - et il aurait été renvoyé en France pour y être jugé. Je souhaiterai savoir ce qu’il est devenu.

Voir également : http://www.39-45.org/histomag/pdf/hs01.pdf

Suite à ses recherches, Richard Klein obtient de Claude Herold la précision suivante : D’après la liste des non-rentrés du Haut-Rhin de 1945 il s’agit de Boltz Marcel,né le 11.09.1926 à Reiningue et y demeurant lors de son incorporation. Je n’ai malheureusement pas plus d’information concernant cette personne.

* Trouvé sur http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=46&t=10754&start=50 :

« Dans le livre de Henri Castor, »La route des massacres", p 69, on peut effectivement voir la photo de ce Marcel B... (il est nommément cité dans le livre...
En effet, il s’agit bien de Marcel BOLTZ.
Sans créer une polémique (par rapport au livre de Henri Castor), voici d’autres informations sur ce soldat alsacien.
En novembre 1945, il est démobilisé par les autorités françaises de Colmar et c’est à ce moment là qu’il déclare avoir vu le massacre de soldats américains à Baugnez. Suite à cette déclaration, deux mois plus tard, il était interrogé à son domicile de Reiningue par le Capitaine Bob Byrne et le bureau du Lt Col Ellis.
Lors du procès, où Boltz était comme accusé et non témoin comme je l’ai écrit précédement, ce dernier après plusieurs interrogatoires à déclaré, qu’après avoir fait sa déposition à Schwabisch Hall le 16 mars 1946, il avait fait une demande au Lt Col Ellis pour retourner en France, mais il était bien présent lors du procès".

Richard Klein entre en contact avec le fils de Marcel Boltz, Georges Boltz, qui accepte de lui confier son témoignage et des documents. Nous le remercions bien vivement pour sa confiance, nous ayant autorisé à les publier ici.

Marcel BOLTZ

Mon père, BOLTZ Marcel, est né le 11/09/1926 à Reiningue dans le Haut Rhin, Alsace.

En 1940, lors de la défaite française, HITLER annexa l’Alsace et la Lorraine au Reich allemand. Cela signifiait que les Alsaciens devenaient des citoyens allemands. Les autres départements français étaient considérés occupés et, de ce fait, échappaient à l’incorporation de force.

En mars 1943, mon père et l’ensemble de sa classe sont convoqués au conseil de révision à Mulhouse alors qu’il n’avait que seize ans et demi. Les officiers SS présents firent une conférence sur les avantages de ce corps comparé à la Wehrmacht et leur demandèrent de signer un engagement volontaire pour la Waffen SS. Mineur, dans les mines de potasses d’Alsace, mon père était grand et de bonne constitution. Il avait les yeux bleus et les cheveux blonds. Ils lui disaient qu’il était le modèle idéal de la race aryenne.

Mon père refusa de signer, malgré les hurlements et les fortes pressions exercées par les officiers SS. Sur 200 conscrits, seuls une trentaine signèrent un engagement volontaire. Selon les dires de mon père, certaines signatures ont été obtenues par la peur. Pour les autres jeunes qui correspondaient aux critères de recrutement de la SS, les officiers devinrent menaçants. Ils exercèrent des brutalités, contraintes morales et physiques qui durèrent de 14H00 à 2H00 du matin. Un officier SS expliquait à mon père que, s’il ne signait pas la feuille présentée, ses parents, son frère et ses soeurs allaient être déportés. Ce refus de signature impliquait qu’il tombait sous le coup de la loi allemande, c’est-à-dire qu’un insoumis portait la responsabilité du clan familial. C’était une pratique chez les nazis où tous les proches étaient tenus pour responsable à égalité, ils pouvaient être arrêtés, déportés voire exécutés. Il signa la feuille en barrant la mention « volontaire ».

En novembre 1943 mon père fut appelé sous les drapeaux et affecté à la Leib Standarte Adolf Hitler (L.S.A.H.) et participa aux combats avec cette unité en tant que mitrailleur jusqu’en 1945.

En décembre 1944 il participa à l’offensive des Ardennes au sein du 1er bataillon SS du génie. Le 17/12/1944, il fut témoin du massacre des prisonniers américains à Baugnez.

Par la suite, il fut envoyé dans un Lazarett, car il avait les pieds gelés.

Rétabli, il doit rejoindre le front de l’Est. Au mois de février 1945, son unité stationne à Dresde. Abrité sous un pont de l’Elbe, Il a survécu miraculeusement au bombardement de cette ville. Il participa avec son groupe au déblaiement, à l’empilement et à l’incinération des 30000 victimes. Cet épisode l’a beaucoup marqué psychologiquement.

Il est fait prisonnier par les troupes russes. Emprisonné au troisième étage d’une école, mais réussit à s’échapper en glissant le long d’une gouttière lors d’un violent orage. Il rejoint les lignes occidentales en compagnie d’un autre camarade de combat, Hans HEIMBACH (industriel dans le civil) et d’une fille prénommée Erika.
Les Américains l’interpellent. Il est conduit devant les officiers de renseignements, puis questionné sur le massacre de Malmédy. Il explique avoir vu des soldats américains morts gisants dans un pré. Ces officiers lui demandent s’il était prêt à témoigner. Il accepte, puis ils le libèrent. Il rejoint l’Alsace où il sera démobilisé.

Au mois de mars 1946, il reçoit la visite de deux officiers américains au domicile de ses parents à Reiningue. Ces officiers lui demandent de venir témoigner à Dachau, au lieu-dit Schwabish Halle, où se déroulera le procès du massacre de Malmédy. Ils promettent à mon père qu’il sera indemnisé pour les déplacements et la perte de salaire. Il accepte et part avec eux à Dachau le 16/03/1946. Arrivé sur place, il est enfermé dans une cellule et mis au secret malgré ses protestations.
C’est la première entorse à la procédure judiciaire, les Américains n’étaient pas compétents pour interpeller mon père. Ils ne pouvaient arrêter et interner que les criminels de guerre dans les secteurs d’occupation en Allemagne ou en Autriche. Conformément « à la déclaration de Moscou » de 1943 et à « l’accord de Londres » de 1945. Lors de la conférence de Yalta et de Potsdam, les Alliés se sont mis d’accord afin que chaque pays juge ses propres ressortissants.

La suite de la procédure ne fut qu’une grosse mascarade judiciaire. Mon père était le plus jeune prisonnier de Schwabisch Halle et les Américains pensaient trouver en lui le maillon faible. Un autre prisonnier du même âge, nommé FREIMUTH, s’était suicidé, car il ne supportait pas les intimidations et tortures.
Mon père dut écrire plusieurs « affidavits » (déclarations sous serments) en fonction des déclarations des autres prisonniers. Ces derniers croyaient mon père mort. Les officiers et gradés SS demandaient à leurs subordonnés d’accuser tous les soldats SS morts….
Il a du écrire 4 ou 5 « affidavits » dictés sous la menace. Il parlait l’allemand, mais ne savait pas écrire correctement la langue de Goethe. Il fréquentait l’école française jusqu’à 14 ans.

Plusieurs cas de tortures morales et physiques lui furent imposés pour le « ramollir ». Cela s’exerçait sous forme de privations de nourriture, interrogatoires musclés toujours coiffés d’une cagoule. Le plus dur pour lui fut un simulacre d’exécution avec une cagoule sur la tête et la corde autour du cou. Un faux prêtre était présent pour recueillir sa confession et ses dernières volontés (par ces moyens-là, les enquêteurs cherchaient à savoir s’il avait vraiment participé à l’exécution des prisonniers et pensaient qu’ils pouvait donner des noms de criminels).

Suite au scandale de la prison d’Abou Ghraib en Irak, des associations, d’anciens combattants et des droits de l’Homme, me demandèrent de faire une intervention dans les médias. Les mêmes méthodes d’interrogatoires étaient de nouveau employées par les soldats américains. Sur certaines photos, les cagoules étaient bien visibles. Mon père étant décédé entre temps, j’ai refusé d’ouvrir une polémique.

Ses parents ignoraient où se trouvait mon père mis au secret et n’avaient aucune nouvelle de lui. Un petit texte imprimé dans le journal L’Alsace mit le village en émoi. Le texte de quelques lignes indiquait que mon père était condamné à mort par un tribunal militaire américain à Dachau. Mon grand-père partit immédiatement à Mulhouse rencontrer le rédacteur en chef du journal monsieur HAUSHERR. Arrivé sur place, des camarades de classe de mon père étaient déjà présents pour manifester leur mécontentement.
Monsieur HAUSHERR leurs expliqua que l’information provenait d’un journaliste indépendant. Mais c’était un stratagème de mon père mis au secret. Il lui avait, en effet, demandé de communiquer l’information au journal L’Alsace afin que ses proches soient alertés.

Le maire de Reiningue, Georges MULLER, prit l’affaire en main et contacta le général Henri NOETINGER, commandant la subdivision du Haut-Rhin. Ce général prit contact avec les hautes autorités françaises afin que mon père soit livré à la justice militaire française. Cet officier supérieur droit et intègre avait perdu deux de ses fils au maquis. Son intervention fut décisive et mon père fut rapatrié en France dès le début du procès de Dachau et emprisonné à la maison d’arrêt de Mulhouse, car deux procédures étaient engagées par le Tribunal militaire de Strasbourg. La première pour trahison pour avoir porté les armes contre la France, la deuxième pour homicides volontaires.

Une procédure pour trahison fut instruite par un juge d’instruction du Tribunal Militaire de Strasbourg. Le 08 janvier 1947 l’affaire passa devant la chambre de mise en accusation de la Cour d’Appel de Colmar. (Voir annexes n°1 et 1-2)

Le délibéré de la cour fut le suivant :
« mais attendu que le prévenu n’avait jamais eu, avant son incorporation dans les SS, une attitude pro allemande, que la contrainte morale qui avait été exercée par les officiers SS lors du conseil de révision sur les jeunes gens réfractaires, quelques uns ayant même été brutalisés, est prouvée par différents témoignages et le fait seul, que ces jeunes gens avaient été retenus à partir de 16 heures jusqu’à 2 heures du matin, prouve à lui seul la résistance qu’ont opposée ces jeunes gens aux propositions des officiers SS et ce n’est que la nécessité inéluctable qui a fait agir BOLTZ comme il l’a fait :
que dans ces conditions il y a lieu de faire bénéficier le prévenu de l’article 64 du code pénal.
par ces motifs :
dit n’y avoir lieu à suivre contre BOLTZ Marcel du chef de trahison.
dit qu’il sera mis immédiatement en liberté s’il n’est retenu pour autre cause
 ».

La procédure pour homicides volontaires instruite par un juge d’instruction du Tribunal de Mulhouse fut délibérée le 15 juillet 1947 par la chambre de mise en accusation de la Cour d’Appel de Colmar. (Voir annexes 2 et 2-2)

Auparavant, les autorités judiciaires françaises avaient demandé aux autorités militaires américaines de conduire les soldats SPRENGER, HOFFMAN et JAEKEL devant le juge d’instruction de Mulhouse où ils ont été entendus le 13 et 14 juin 1947.
Enfermés comme lui dans la maison d’Arrêt de Mulhouse, ils faisaient parvenir un message écrit à mon père dans lequel ils disaient regretter de l’avoir accusé de meurtre, ceux-ci le pensaient mort et leurs gradés avaient demandé que l’on accuse en priorité les disparus. Mon père remis le message à son avocat, maître Paul Jacques KALB dit « Jacques d’Alsace », un ami du maire de Reiningue, et les auditions des trois accusés suivirent leurs cours.

La Cour d’Appel de Colmar dans son attendu du 15 juillet 1947 :

« Attendu que SPRENGER entendu le même jour et par les mêmes enquêteurs, a déclaré qu’il avait assisté à la capture des prisonniers et que sur ordre de son chef de groupe il en avait tué deux
qu’il n’a pas vu que BOLTZ ait participé au meurtre ;
attendu que HOFFMAN entendu dans les mêmes conditions a déclaré qu’il assistait au massacre des prisonniers ;
que BOLTZ était dans une voiture blindée qui suivait habituellement celle de HOFFMAN, que BOLTZ était servant d’une mitrailleuse et que HOFFMAN ne l’a pas vu, ni entendu tirer ;
que par contre HOFFMAN peut nettement affirmer que SPRENGER BILOSCHETSKY et SHLINKMANN ont tiré ;
que dans ces conditions ont peu faire foi aux déclarations de HOFFMAN qui n’hésite pas à accuser d’autres soldats ;
qu’a plus forte raison on peut également ajouter foi aux déclarations de SPRENGER qui n’hésite pas à s’accuser lui-même ;
que leurs déclarations sont également corroborées par celles de JAEKEL ;
que ces trois témoins ont été entendus par le 13 et 14 juin 1947 par le Juge d’instruction de Mulhouse ;
qu’ils ont confirmé en les complétant encore leurs précédentes déclarations, toutes concordantes en ce qui concerne BOLTZ ;
que dans ces conditions on ne peut pas fonder la culpabilité de celui-ci sur ces témoignages ;
que d’autre part BOLTZ prétend que ses déclarations ont été mal interprétées par les autorités américaines et qu’il proteste de son innocence ;
qu’en raison du doute certain qui existe dans cette affaire, il y a lieu d’en faire bénéficier l’inculpé.

Par ces motifs :
dit n’y avoir lieu à suivre contre BOLTZ Marcel du chef d’homicides volontaires
ordonne la mise en liberté immédiate de BOLTZ Marcel
 ».

Le procès de Malmédy est un fiasco judiciaire, car la plupart des juges militaires n’avaient aucune compétence en matière de procédure pénale. Les droits de la défense ont été bafoués et certains prisonniers traités avec un mépris outrageant. Les Américains étaient juges et parties. Les défenseurs des prisonniers, en nombre insuffisant, étaient des officiers américains qui manquaient de pratique. Certains accusés n’ont pas été autorisés à témoigner et à se défendre. Ce procès très médiatique, devait servir de leçon pour les générations futures, fait l’objet de nombreuses controverses et le débat ne sera jamais clos.

Au cours des années 1970, mon père reçu plusieurs fois la visite de Joachim PEIPER, qui habitait, à cette époque, le village de Traves, en Haute Saône. Il rassemblait les témoignages et les archives des soldats encore en vie qu’il commandait lors de l’offensive des Ardennes. Il voulait écrire un livre sur cette offensive, vu du coté allemand, et disculper mon père sur les témoignages qu’il avait déjà recueillis. La nuit du 13 au 14 juillet 1976, sa maison a été incendiée vraisemblablement par des communistes français. Sa maison a brûlé entièrement, entraînant la perte de toutes ses archives et sa mort. Ainsi restera secret une partie des récits de la mémoire des hommes de ce qui s’est vraiment passé exactement à Baugnez le 17 décembre 1944.

Pour la petite histoire, en 1986, lors d’un déplacement en Franche Comté, j’ai rencontré par hasard deux personnes qui avaient enquêté sur l’incendie de Traves. Ils m’ont confirmé :

  • que toutes les archives avaient brûlé,
  • que PEIPER était bien mort et identifié grâce à l’autopsie de sa dentition,
  • que les coupables étaient connus, jamais inquiétés ou traduit devant un tribunal.

Le mystère demeure, qui a manipulé les incendiaires ? Est-ce un service d’une puissance étrangère ? Je pense que PEIPER était devenu un témoin vraiment gênant pour certains.

G. BOLTZ


titre documents joints

annexe 2-2

2 février 2015
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154.9 ko

annexe 2

2 février 2015
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annexe 1-2

2 février 2015
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Annexe 1

2 février 2015
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