Tambov. Le camp des Malgré-Nous

Article paru dans « L’Ami hebdo » du 26.12.2010 p.47

mardi 4 janvier 2011 par Nicolas Mengus

Le rapatriement et la traduction des archives soviétiques concernant le fameux camp de Tambov-Rada est à n’en pas douter un événement pour l’histoire des incorporés de force alsaciens et mosellans et leurs familles, et pour l’histoire de l’Alsace et de la Moselle en général. La présente publication se place dans ce contexte.

On estime que 15 500 Français ont été prisonniers au seul camp de Tambov, dont une majorité d’incoporés de force d’Alsace et de Moselle. Seuls 1 500 d’entre eux ont été libérés pour rejoindre les troupes françaises combattantes, les autres tentant de survivre aux effroyables conditions de captivité, puis aux pénibles conditions de rapatriement à partir de l’automne 1945. Si certains évoquaient le chiffre allant jusqu’à 10/15 000 morts, on tendrait aujourd’hui vers une estimation bien plus basse : « entre 1 800 à 2 000 (dont au moins 1 300 Alsaciens) » (p.6) ou « sans doute entre 2 et 3000 » (p.93). Mais tous ces chiffres comprennent-ils les décès de l’hôpital de Kirsanov d’où peu de malades du camp de Tambov sont revenus ?

Après avoir évoqué le contexte de l’instauration du service militaire obligatoire dans l’armée allemande pour les Alsaciens-Mosellans en 1942, dont le « succès » ne peut se comprendre que par les sanctions brutales exercées sur les insoumis et leurs familles par les nazis, le camp est lui aussi replacé dans son contexte. C’était à l’origine un camp de filtrage pour soldats soviétiques suspects et il faisait partie de la nébuleuse des camps de prisonniers (de guerre et autres) répartis sur le territoire de l’URSS.

Les fameux « 1 500 » libérés en juillet 1944 sont bien sûr évoqués à plusieurs reprises. Selon les actualités de l’époque, il s’agissait d’un échange de prisonniers : 1 500 Russes se trouvant en France contre 1 500 Français se trouvant à Tambov. Evidemment, on peut s’interroger sur le sort de ces prisonniers russes lorsqu’on se souvient de l’affirmation de Staline : « Il n’y a pas de prisonniers de guerre soviétiques, il n’y a que des traîtres » (p.12). Ceci pourrait expliquer qu’il n’y ai plus eu d’autres échanges par la suite, alors que des renforts pour les troupes françaises auraient été les bienvenus, notamment dans la remontée de la vallée du Rhône vers l’Alsace ; le fait « que beaucoup d’unités voulaient récupérer ces 1 500 » (p.71) le suggère fortement.

Les rapatriements de prisonniers de guerre d’URSS n’ont repris qu’à l’automne 1945 et le nombre des retours a décliné assez rapidement dès 1946 jusqu’en 1955. A partir de cette date, les Alsaciens-Mosellans signalés captifs ne furent pas retrouvés.

On l’aura compris, à l’heure où les archives russes sont accessibles puisque traduites en français, cette intéressante publication propose un tour d’horizon de la question « Tambov » et, surtout, invite chercheurs, familles et historiens à les consulter, à les étudier. Dans l’immédiat, pour approfondir la question, on pourra se reporter à www.malgre-nous où sont consultables témoignages, listes, documents et bibliographie.

Nicolas Mengus

J. Fortier (dir.), Tambov. Le camp des Malgré-Nous alsaciens et mosellans prisonniers des Russes, les révélations des archives soviétiques, La Nuée Bleue, 2010, 144 p., 25 €


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