Jacques Lantz (père)

mercredi 22 décembre 2010 par Webmestre

Témoignage rédigé par lui-même le 23 juillet 1945 et transmis par son fils, Joseph Lantz.

« Depuis l’année 1925, j’étais occupé com­me ouvrier à la Société métallurgique de Knutange. Dès le 7 juin 1940, en conséquence du déroulement défavorable de la guerre, tout travail a cessé dans cette usine comme dans les autres usines de la région.

Le 14 juin, nous recevions l’ordre de rejoindre l’intérieur de la France en vue de continuer à travailler ; malheureusement, à 30 km d’Epinal, nous étions arrêtés par l’avance allemande : il nous était impossible de rejoindre Dijon, lieu de ralliement qui nous avait été fixé. Le même convoi qui nous transportait nous ramenait en arrière par ordre des autorités ennemies jusqu’à Pont-à-Mousson. Là, en raison des destructions d’ouvrages d’art, nous devions continuer notre route à pied jusqu’à Hayange.

En raison des destructions des usines de la région, je restais au chômage depuis mon retour en juin jusqu’au 21 décembre de la même année. Cependant, l’ennemi avait installé ses offices du travail (Arbeitsamt) où je devais me rendre hebdomadairement. Plu­sieurs [m’ont dit] que je devais aller travailler en Allemagne, mais, alléguant ma qualité d’invalide de guerre, je pus éviter ce sort que beaucoup d’ouvriers dès ce moment-là devaient subir.

A cette date, le 21 décembre 1940, je recommençais mon travail à la même usine. Je devais y être occupé jusqu’au 16 janvier 1943.

Mon fils aîné, Eugène, étant, dès [le 25 avril] 1941, parti au titre de volontaire par convoi régulier d’expulsés en France non-occupée [1], je ne désirais qu’une chose : me faire inscrire aussi sur les listes des gens partant en France. D’autre part, je n’ai jamais pu me résigner à entrer dans une formation, ni même dans la Volksgemeinschaft, même au titre de simple membre. Mes enfants non plus, à aucun moment, n’ont fait partie d’une organisation nazie telle que la Hitlerjugend. Ne voulant pas que mon second fils, Jacques, continue après l’âge scolaire la fréquentation de l’école allemande, celui-ci dut aller travailler, par ordre de l’Arbeitsamt, comme garçon de cour­se à la Maison de Wendel à ce moment-là dénommée „ Hermann Göring Werke “. Son traitement était d’environ 40 à 50 RM par mois ; plus tard, il devait être occupé comme employé aux écritures avec un salaire mensuel d’environ 80 RM. Cet emploi, il ne devait l’occuper que deux mois car, sur rapport du chef SA Métrich dénonçant Jacques comme ne faisant pas partie de la Hitler­jugend, il devait être payé au titre d’apprenti à raison de 25 RM seulement. Jacques devait être déporté le 15 janvier 1943 vers Blan­ken­burg et, plus tard, à Linz (Autriche) et, comme ne faisant toujours pas partie de la Hitlerjugend, il devait travailler ainsi jusqu’à sa libération par les troupes alliées.
Déportés !
Le 16 janvier 1943, je devais moi-même cesser de travailler pour motif de ne pas faire partie de la Volksgemeinschaft. Quelques jours plus tard [2], je devais être déporté avec ma famille se composant de ma femme et de mes deux derniers fils [3]. J’ajoute que, préalablement, j’avais fait par écrit une demande pour pouvoir me rendre en France et ceci à la suite des ordonnances de Bürckel prévoyant l’établissement de listes de gens désireux de se rendre en France, pays qu’ils reconnaissaient être leur patrie.

Je fus donc déporté au camp de Striegau (Si­lésie) [4]. Dans ce camp, alléguant toujours ma qualité de blessé de guerre et souffrant à ce moment de maux d’estomac, je pus éviter d’être employé dans les usines de guerre allemandes. Cependant, à l’intérieur du camp, je dus assurer les corvées d’entretien sans toucher aucun dédommagement. Même l’argent de poche alloué au déporté d’un camp [5] ne m’a jamais été octroyé pour un motif que ­j’ignore ; je ne devais toucher cette allocation qu’à partir du 1er août 1945, sans rappel pour la période où je n’avais rien perçu.
Au moment de l’avancée russe, nous devions évacuer le camp de Striegau [6] pour être transportés en Bavière, à Zentling [7]. Là, nous fûmes libérés par l’avance américaine le 28 avril 1945.

Le 23 mai 1945, nous étions de retour dans notre foyer lorrain [8] ».

[1« Pour se soustraire aux obligations de la Wehr­macht ».

[2Arrêté à son domicile le 22 janvier 1943 par la Ges­ta­po.

[3Louise, Joseph (11 ans) et Jean-Pierre (7 ans).

[4Egalement connu sous le nom de Stregom et Strze­gom. Arrivée au Lager n° 122 le 24 janvier 1943.

[5Soit 3 RM par mois et par personne.

[6le 12 février 1945

[7Via Harmsdorf (16 février 1945)

[8à Hayange, Moselle


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