Colmar, 8 mai 2010

Lettre de l’OPMNAM au président de la République

mercredi 19 mai 2010 par Nicolas Mengus

Permettez à un orphelin d’un Malgré-Nous raflé par la Gestapo, déporté à partir du territoire national, incorporé de force sous peine de représailles par les nazis sur sa famille et son fils à peine âgé de trois semaines, de vous féliciter et de vous remercier pour votre discours très émouvant lors de la commémoration nationale du 65e anniversaire de la libération à Colmar.

Vos paroles très fortes et justes vont aller droit au cœur des dizaines de milliers de familles alsaciennes et mosellanes et, je l’espère, de nos compatriotes souvent très peu informés « du drame des « Malgré-Nous », l’un des plus poignants de notre histoire commune avec l’Allemagne », dixit votre message du 11 novembre 2009.

Aurions-nous voulu concevoir ce message, que nous n’aurions pas fait mieux ! Tout y est, les combats difficiles de libération, la détermination du Gal. De Gaulle, le rôle éminent des troupes françaises et l’apport de la résistance, malgré l’absence bien involontaire des 130 000 incorporés de force dans la force de l’âge.

Qu’un Président de la République soit venu en Alsace pour réparer l’injustice qui leur est faite depuis plus de 65 ans et leur ait rendu leur honneur ne peut que concourir à refermer les plaies mal cicatrisées et apaiser les souffrances de « ce lourd silence teinté de soupçons. »

Vous êtes le premier Président de la République qui, lors d’une grande commémoration nationale, après celle du 11 novembre dernier, les reconnaisse enfin comme « victimes du nazisme », auquel il n’est nul besoin d’ajouter barbarie, un pléonasme, « victimes du pire régime d’oppression que l’histoire ait connu et d’un véritable crime de guerre »

Et de condamner la collaboration : « Je veux dire que ceux qui les ont abandonnés, ceux qui n’ont rien fait pour empêcher cette ignominie perpétrée contre des citoyens français, ont trahi les valeurs de la France et l’ont déshonorée. La collaboration fut une trahison et un déshonneur ».

Merci d’avoir eu une pensée pour "la douleur des familles et de leurs enfants », dont nous leurs orphelins, et d’avoir rappelé à nos compatriotes « que les menaces de représailles qui pesaient sur les familles, ne leur laissait pas le choix ».

Rappelons que sans la défaite éclair humiliante de 1940 où combattirent la majorité de nos pères et la honteuse collaboration, laissant le champ libre aux nazis en Alsace-Moselle, il n’y aurait pas eu cette incorporation de force massive de 130 000 citoyens français, ni 40 000 tués ou portés disparus, ni 20 000 orphelins et autant de veuves.

Devant le souci louable de réparer une injustice, par la reconnaissance officielle du Président de la République du drame et de l’abandon de l’Alsace-Moselle, par la faute inexcusable du gouvernement collaborationniste malgré ses protestations modérées, à la demande expresse de Pétain, peu audibles, nous ne ferons pas état de nos divergences avec les services de l’Etat, la justice administrative, le Bundestag, la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Il n’en demeure pas moins et nous savons, Monsieur le Président de la République, que nous pouvons compter sur vous, pour que ce dernier contentieux avec les Orphelins de Pères « Malgré-Nous », se règle entre pays devenus amis. Dans ce cadre, nous ferons de nouvelles propositions.

Recevez, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Le Président de l’OPMNAM Bernard ERNEWEIN, Orphelin d’un crime de guerre.


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