Monument aux Morts

Hommage à Altorf (Bas-Rhin)

mercredi 2 décembre 2009 par Nicolas Mengus

« Parce qu’ils ont le plus souffert, parce qu’ils ont été à la pointe du combat, les Alsaciens et les Lorrains n’ont jamais été plus au cœur de la Nation » ... ainsi s’exprima le Général de GAULLE au lendemain de la
Seconde Guerre mondiale.

Recrutés de force par les Autorités nazies, ils sont partis, la peur au ventre, la mort dans l’âme, sous un uniforme qu’ils n’avaient pas choisi et dans une armée qui n’était pas la leur !

Ils sont partis, contraints et forcés, se sacrifiant pour préserver les membres de leurs familles, pour nous préserver, des terribles représailles perpétrées en cas d’insoumission de leur part !

Déportés à des milliers de kilomètres en terres lointaines, ils ont vécu l’enfer sur le front de l’Est, des jours, des semaines, des mois, des années durant !

130 000 Alsaciens Mosellans ont été incorporés de force dans la Wehrmacht, dont 64 000 Bas-Rhinois, soit 21 classes d’âge – de la classe 1928 à la classe 1908.

40 000 d’entre eux ne rentreront jamais ! Où sont-ils ?

Laissés morts au bord du chemin, abandonnés en pâture aux bêtes sauvages, jetés dans des fosses communes, au mieux, ensevelis sommairement et dans la hâte ...

Pour la plupart d’entre eux, aucune sépulture ne leur assure le repos éternel !

ALTORF, paisible village agricole, riche de quelque 800 âmes, a payé un lourd tribut dans cette tragédie : une trentaine de jeunes gens dans la fleur de l’âge, dont un père de famille, mon père, notre père !

Trois d’entre eux auront la chance de revenir, mais meurtris dans leur chair et traumatisés à vie par l’enfer vécu sur terre !

Les autres, morts ou disparus, seront perdus à jamais pour leurs familles, qui pourtant espèrent et attendent leur retour !

• Sont-ils morts au front ?

• Sont-ils morts d’épuisement sur le lourd et interminable chemin vers les camps de prisonniers ?

• Sont-ils morts dans les horribles camps soviétiques de sinistre réputation, éreintés par le travail forcé, tenaillés par le froid, par la faim, affaiblis par la malnutrition, taraudés par l’isolement psychologique, achevés par les mauvais traitements, les maladies ?

• Sont-ils morts sur un trop long et trop éprouvant parcours vers le retour ???

Qui pour nous le dire ?

Qui pour nous assister dans nos recherches de leurs traces ?

Rassemblés devant le Monument aux Morts, nous rendons hommage à toutes les victimes militaires qui ont sacrifié leurs vies pour la Nation. Lieu de recueillement, ce Monument arbore leurs noms, leurs identités afin que personne n’oublie leur dévouement extrême.

Aujourd’hui, nous célébrons le souvenir de la libération de notre village. ALTORF a été libéré, il y a 65 ans, le 25 novembre 1944.

La guerre n’était alors pas terminée, mais l’espoir renaissait ; l’attente obsédante de nos proches, de notre père, nous envahit !

Quelle date plus opportune que celle de la libération de notre village, pour voir, gravés dans la pierre, les noms des 9 concitoyens portés disparus lors de la Seconde Guerre mondiale !

Au delà du devoir de Mémoire, au-delà du devoir de Reconnaissance, ces noms gravés dans la pierre, à tout jamais, symbolisent le retour de nos proches, de notre père, dans leur terre natale, auprès de nous, parmi nous, nous qui ne les avons jamais oubliés, nous qui recherchons éperdument leurs traces...

Enfin, voir l’honneur qui leur est ainsi rendu, voir la place qu’ils intègrent dorénavant dans la communauté villageoise, nous aidera sûrement à entreprendre un travail de deuil jusque là impossible.

Au nom des familles, au nom de ma sœur et en mon nom personnel, je tiens à exprimer à la Municipalité d’ALTORF nos remerciements les plus chaleureux d’avoir entendu notre souffrance et d’avoir accédé à notre demande de voir enfin les noms de nos proches, de notre père, gravés dans la pierre aux côtés de leurs autres compagnons d’infortune.

Merci à toutes les personnalités politiques, civiles et militaires, venues nous accompagner. Leur présence parfait la solennité de la cérémonie.

Merci aux représentants du Monde Combattant. Qui mieux que les Anciens Combattants pourraient comprendre notre émoi ?

Merci aux représentants du Monde Associatif dont la solidarité vient au secours de chacun.

Merci à tous.

Elisabeth SCHMITT–GUCKERT


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Altorf

2 décembre 2009
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Cérémonie du 15 novembre 2009


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