Réfractaire / Résistant

Armand CONRAD : Itinéraire d’un réfractaire

Témoignage de Georgette Inge, sa fille

jeudi 12 juin 2014 par Nicolas Mengus

"Mon père, Armand Conrad, né le 18 avril 1913 à Colmar, s’est engagé à 17 ans dans la Marine Nationale française (il avait été, le 1er mars 1920, réintégré de plein droit dans la qualité de Français en exécution du traité de paix du 28 juin 1919).
Engagé volontaire pour 5 ans le 9/01/1931 à Mulhouse au Titre du Corps des Equipages de la Flotte jusqu’au 9/01/1936, réengagé pour 4 ans le 15 mars 1936 dans l’Artillerie Coloniale pour le Groupe de l’Indochine. Affecté au Régiment de l’Artillerie Coloniale le 25/09/1936. Débarqué à Beyrouth le 13/11/1936 - classé réserviste sur sa demande à compter du 1/09/1940, dirigé vers les Troupes du Levant. Débarqué à Marseille le 7/11/1940, il se retire à Colmar.
Il a été convoqué, par les Allemands qui lui ont proposé de rentrer chez les SS, le sachant parfaitement germanophone. Il a refusé. Le 12 février 1941, la Police secrète allemande - commando III/2 de Colmar lui intime l’ordre suivant : « Vous êtes sommé, du fait de votre départ en France, de vous présenter, vendredi le 14.2.1941, au poste-frontière de Montreux-Vieux (Haut-Rhin). Les clefs du logement sont à emporter et à remettre avec cette convocation au poste de police de la frontière ».

Quitter l’Alsace

Mon père quitte l’Alsace pour la région de Pau. Au nord de Pau, vers Thèze, il y avait un camp de résistants qu’il a intégré. Il a travaillé avec le capitaine Gervais (parachutages et coups de main - attestations du capitaine Borie et du commandant Robert Hourat, de la région de Pau). Lors d’une mission, ce capitaine a été tué ainsi que ces hommes. Un monument a été érigé sur la route de Mourenx, à côté de Pau.

Mon père devait participer à cette action, mais il était hospitalisé à l’hôpital de Pau, malade, avec des crises de paludisme. Il a donc été, à ce moment-là, sous une bonne étoile.
Il s’est ensuite caché quelques temps dans les Hautes-Pyrénées, dans la famille de ma mère (dont il venait de faire la connaissance), dans la Vallée du Louron ; c’est ainsi que je suis née en juin 1943 à Jurançon (64110).

Après la guerre

En 1945, mon père est rentré dans la Police nationale à Bordeaux. Nous sommes partis sur Strasbourg. Puis, en 1949, à Colmar. En 1950, mon père a accepté sa mutation à Tanger (Maroc) où il a travaillé dans le contrôle des passeports ; c’était la Police Chérifienne, mais mon père dépendait du Ministère de l’Intérieur de Paris. Tanger était alors sous statut international. Lors de l’indépendance du Maroc, mon père a dû quitter Tanger et, en décembre 1956, nous nous sommes retrouvés à Toulouse. Mon père a été muté à Mulhouse en 1958.
En 1958, mon père a eu un grave accident de la circulation, dans le cadre de sa fonction, par la faute d’un jeune qui circulait sans permis et sous l’emprise de la boisson. Après plusieurs opérations chirurgicales, mon père a été mis en invalidité. J’avais 15 ans, deux frères l’un de 9 ans et l’autre de 5 ans.
En 1969, mon père a quitté l’Alsace et s’est installé à Bordes, à côté de Pau. Veuf en 1978, il s’est remarié en 1981. Il est décédé à Pau le 31 janvier 1990

Mon père n’a jamais manifesté aucune haine vis à vis du peuple allemand. Il était conscient de la souffrance provoquée par la guerre.

Les voyages et les contacts de différents peuples lui a permis d’être tolérant et d’aimer les hommes. Il m’a transmis cette analyse et cette ouverture d’esprit ".



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